Dans le souffle de la forêt

Une aventure de chasse avec Prise du Jour

Par Karl-David Batko

Il y a des séjours de chasse qui ne sont pas comme les autres, des expériences qui transforment, qui marquent et qui résonnent longtemps après le retour à la maison. C’est exactement ce qu’a vécu Philippe April-LeQuéré, lors de sa chasse à l’orignal dans la réserve faunique des Laurentides.

Créateur du blogue Prise du Jour et animateur de la série du même nom sur Bell Fibe TV1, Philippe est l’un de ceux qui n’ont pas grandi dans une famille de chasseurs. Il a appris par passion, par curiosité et par désir de se rapprocher de la nature.

Et cette année, il s’est joint à un groupe de chasseurs chevronnés pour une aventure dans une zone exigeante, mais prometteuse. Huit chasseurs, répartis en quatre duos, se sont réunis par le bouche-à-oreille, les réseaux sociaux et les salons de chasse, pêche et plein air pour former une gang tissée serrée, animée par le même feu sacré : celui de la chasse au gros gibier.

Yan Kaczynski | © Sépaq

Émotions brutes et rencontres marquantes

Le séjour commence fort, même avant l’arrivée de Philippe. Le groupe est déjà sur place et les conditions sont idéales : -4 °C au lever du jour, pas un souffle de vent et une forêt réactive. Les appels lancés reçoivent de multiples réponses, dont celles de plusieurs mâles qui attisent rapidement la convoitise du groupe. Dès la première journée, un des deux orignaux permis est récolté. L’ambiance est fébrile, les esprits sont concentrés.

Philippe arrive le lendemain, après un autre séjour de chasse. Éreinté par plus de 70 kilomètres de marche en forêt, il souligne à quel point une marche de chasse n’a rien à voir avec une randonnée ordinaire. Le groupe, déjà bien rodé, a une connaissance fine du territoire. Philippe et son partenaire se greffent à la dynamique et tentent de reprendre contact avec un orignal repéré la veille, sans succès. Ils changent de secteur et explorent une coulée en bordure de montagne, un endroit prometteur en forêt mixte avec de la nourriture en sous-étage, ce qui indique une potentielle zone de présence d'orignal. Quelques réponses subtiles se font entendre, mais l’orignal s’éclipse.

Le jour suivant, Philippe retourne sur les traces du buck. Il est encore là. Le duo entre en mode tactique et tente un contournement pour effectuer une approche à bon vent. Mais l’orignal les entend et s’échappe. Le bruit des palettes qui frappent les branches reste gravé dans leur mémoire. C’est à ce moment qu’ils apprennent qu’un autre duo, dont fait partie le plus jeune membre du groupe — 16 ans — a tiré sur un orignal. L’émotion est forte, mais l’animal n’est pas retrouvé. Le groupe fait appel à un conducteur de chien de sang. Après une longue recherche jusqu’à 3 h du matin, les indices initiaux n'ont pas permis de retrouver l'animal. Malgré le mélange émotionnel, la joie de recommencer à chasser et la déception d’une bête blessée, la chasse peut se poursuivre.

Le quatrième jour marque un tournant. Les équipes décident d’échanger leurs zones de chasse pour maximiser les chances. Philippe et son partenaire laissent leur orignal à un autre duo… qui réussit à le récolter. Un moment à la fois frustrant et fascinant : ils ont passé la journée précédente à le traquer et le voir tomber ailleurs confirme à quel point chaque décision peut tout changer.

Entre les départs à l’aube, les retours au chalet et les discussions autour du feu, le séjour prend des allures de camp de base. Les silences du matin, les rires du soir, les ajustements constants et les anecdotes partagées tissent une camaraderie naturelle. Même sans récolte, Philippe vit une chasse complète : intense, exigeante, formatrice et humaine.

Yan Kaczynski | © Sépaq
Beside | © Sépaq

L'écoute de la forêt : une révélation intérieure

Au fil des jours, Philippe réalise que la chasse ne se joue pas uniquement dans les appels ou les déplacements. Elle repose sur une qualité plus subtile : l’écoute. Une écoute profonde, attentive, presque instinctive. Pour lui, ce séjour marque un tournant. Il comprend qu’il faut ralentir, s’immerger dans le rythme de la forêt et laisser les sens prendre le relais.

Ce n’est plus une question de technique, mais de présence. En marchant lentement, en observant sans chercher, en laissant la forêt s’exprimer, Philippe commence à décoder les sons, et ce, même à plus de 100 mètres : le pas discret d’un animal, le frottement d’une palette contre un tronc, le craquement d’une branche qui n’a rien d’anodin. Chaque bruit devient un indice, chaque silence, une information.

« Tu deviens quelque chose d’autre complètement. Ce n’est plus toi qui contrôles, c’est la forêt qui te parle. » — Philippe

Cette révélation se cristallise quelques jours plus tard, lors d’une chasse au petit gibier. En prenant le temps de s’arrêter, de respirer, de s’aligner au rythme du bois, il entend littéralement les pas des petites bêtes dans les feuilles. C’est là que tout s’éclaire : pour vraiment entendre la forêt, il faut d’abord se taire. Se déposer. S’immerger. Et alors, le gibier se révèlera à vos oreilles.

Beside | © Sépaq
Yan Kaczynski | © Sépaq

Une chasse qui dépasse la récolte

En plus d’avoir récolté deux orignaux, le rêve de plus d’un chasseur, Philippe repart de la réserve faunique des Laurentides avec bien plus que sa part de la venaison de son groupe. Ce séjour lui a permis de vivre des interactions intenses avec le gibier, de perfectionner son approche, de tisser des liens forts avec son groupe, et surtout, de redéfinir sa relation à la forêt.

Car ce qu’il retient avant tout, c’est la transformation intérieure qu’elle provoque : le fait de ralentir, de se connecter à son environnement, de laisser ses sens guider ses décisions. La chasse devient alors un moyen de se recentrer, de se dépasser et de mieux comprendre le vivant.

Respecter la bête et cuisiner avec conscience

Au-delà de la chasse elle-même, Philippe est fasciné par tout ce qui entoure l’expérience : le travail d’équipe pour sortir un orignal du bois, la logistique pour transporter un animal approchant les 1000 livres, les discussions autour du feu, les apprentissages partagés, et surtout, la cuisine.

Philippe a une approche bien à lui : il valorise les pièces oubliées, les coupes méconnues, les abats mal aimés. Lors de ce séjour, il récupère les joues d’orignal, la langue, la moelle osseuse et même des champignons sauvages ramassés près du site d’abattage. Pour lui, cuisiner le gibier, c’est prolonger l’expérience de chasse. C’est honorer l’animal. C’est raconter une histoire.

 

Joues d'orignal braisées dans leur jus

Joues d'orignal braisées dans leur jus

La chasse ne se termine pas au moment de la récolte… elle se poursuit jusque dans l’assiette! Cette recette de joues d’orignal braisées dans leur jus met en valeur une pièce tendre et savoureuse, souvent méconnue. Simple à préparer, elle révèle toute la richesse de la viande de gibier et promet un repas chaleureux, parfait pour célébrer une sortie réussie en forêt.

Découvrir la recette

5 astuces en rafale pour réussir sa chasse

Philippe April-LeQuéré

1. Planifier la chasse avec des cartes précises

Avant la chasse, l’analyse de cartes (Avenza Maps, Forêt ouverte) permet d’identifier les meilleurs habitats. Les coupes récentes, les zones froides et les peuplements écoforestiers sont des indices précieux. Un expert peut aussi vous guider selon les conditions.

2. Adapter son plan de chasse selon la météo

La météo influence les zones à cibler. On chasse à bon vent et adapte les parcours selon la température : zones fraîches par temps chaud, zones de nourriture et de protection par temps froid.

3. Rester attentif au vent

Le vent peut changer localement malgré les prévisions. Utiliser une bouteille de poudre pour détecter sa direction est essentiel, surtout quand un orignal tente de vous contourner pour vous sentir.

4. Devenir un orignal dans le bois

Se déplacer en forêt en imitant un orignal attire les curieux. Bien pratiquer ses appels et ajouter des sons réalistes (branches, feuillage, frottements) augmente vos chances de succès.

5. Faire preuve de persévérance

La chasse à l’orignal est imprévisible : il faut rester motivé et attentif tout au long du séjour. Chaque jour apporte de l’expérience, et la récolte peut survenir à tout moment — même à la dernière minute.

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Karl-David Batko

À propos de Karl-David Batko

Karl-David est un amoureux de ce qui est vrai, simple et porteur de sens. Il observe, écoute et crée avec intention, que ce soit en pleine nature ou derrière un écran. La chasse, la pêche et la cuisine nourrissent chez lui un profond besoin d’authenticité. Il cultive un regard sensible sur le monde et cherche, à sa façon, à raconter ce qui mérite d’être vu, vécu et partagé. Il est conseiller médias sociaux à la Sépaq depuis l’été 2022.

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