Quand la neige s’invite à la chasse
Difficile pour les chasseurs de rester indifférents quand la neige s’invite durant leurs aventures en forêt. À la magie du moment s’ajoute aussi le défi d’affronter les conditions hivernales que le manteau blanc impose. Question que la neige ne gâche jamais la partie, trois experts partagent leurs trucs et leurs conseils pour apprécier l’expérience et en tirer le meilleur.
Sépaq Anticosti
Adapter la stratégie
Chasseur depuis presque 40 ans, Pascal Alarie ne laisse jamais la neige le refroidir, bien au contraire! Pour le directeur adjoint de la réserve faunique des Laurentides, le secret est d’abord dans l’approche à adopter pour la chasse à faire. « Il faut modifier notre stratégie », souligne celui qui affectionne particulièrement la chasse au petit gibier.
Cette année encore, la neige était au rendez-vous à la mi-octobre dans les Laurentides, au nord de Québec. Pascal Alarie s’adapte alors au comportement des animaux qu’il tente de récolter. Tétras du Canada, gélinottes huppées ou lièvres d’Amérique, les proies deviennent « moins actives et il faut rentrer dans leur habitat ».
On doit donc s’attendre à une chasse plus physique qui nécessitera de se déplacer davantage à pied. Pour la petite chasse, on quittera le bord des routes — souvent populaires pour les gélinottes — et le tout deviendra moins une affaire de parcourir le territoire en véhicule ou en VTT, précise Pascal Alarie.
Comme son collègue, Émilie Girard-Gros-Louis, directrice de la réserve faunique de Portneuf, insiste aussi sur le changement de comportements des bêtes sous la neige. Adepte de grande chasse, elle fait remarquer que les orignaux se regroupent davantage. Moins curieux et réactifs, ils explorent alors moins leur territoire. Il faudra donc travailler davantage pour les dénicher.
Profiter de l’unicité du moment
Passionnée notamment par la chasse à l’orignal et au chevreuil, Émilie Girard-Gros-Louis apprécie l’ambiance spéciale que la neige apporte durant ses expéditions. Que ce soit une mince couche tombée durant la nuit ou encore la première tempête de l’automne, ces conditions ramènent chez elle de bons souvenirs.
« Moi, je trouve ça trippant », raconte la directrice pour qui la chasse est une affaire de famille et de traditions. Elle a encore souvenir de cette sortie manquée avec son paternel lorsqu’elle était adolescente : une généreuse bordée au matin avait découragé la jeune chasseuse, qui était finalement restée au lit. « Et il avait récolté ce matin-là. Je peux vous dire que je me lève maintenant! », raconte-t-elle dans un éclat de rire.
Remonter la piste
Nul doute pour Émile David : « la neige est une alliée précieuse ». Pour le réalisateur et photographe aux commandes de Sainte Pax, une maison de production axée sur du contenu nature et aventure, un manteau blanc offre à un observateur attentif un avantage indéniable.
Pour le trentenaire, adepte de chasse en tous genres, la présence de la neige est cependant une lame à deux tranchants. « S’il a neigé durant la nuit, le lendemain la trace est évidente. Mais sinon, ça peut devenir difficile de savoir les traces datent de quand… »
Il précise cependant que dans ce cas, les pistes laissées peuvent tout de même servir à prospecter le territoire et à analyser le déplacement des animaux et leurs cachettes. Et quand une bête est touchée, le pistage de celle-ci s’avère facilité par le sang bien évident sur la neige blanche.
Alors qu’il doit s’enfoncer davantage en forêt pour trouver ses cibles de choix à cause de la neige, Pascal Alarie compte aussi sur celle-ci pour trahir leur présence. « Ce qui est le fun, c’est la trace! », renchérit le chasseur. Le pistage dans la neige fraîche permet de savoir si l’endroit envisagé s’annonce payant. « On saura vite s’il y a de la gélinotte dans un secteur. »
Bien ouvrir l’œil… et tendre l’oreille
La première neige a aussi cette capacité à modifier les sens… ou presque. Car nul besoin d’avoir un œil de lynx pour apercevoir plus facilement les animaux quand ils sont sur un fond tout blanc. Le brun du plumage des gélinottes huppées ou encore celui de la fourrure des orignaux tranche alors comme jamais.
Et pour les chasseurs interrogés, ce changement de décor ne nécessite pas pour autant de s’habiller en blanc pour mieux se camoufler des proies. Plusieurs, comme l’orignal, n’ont pas la meilleure des vues, ou encore celle-ci est limitée dans la perception des couleurs.
Là où il faut davantage porter attention, c’est au niveau des sons. « La neige isole et rend la marche plus silencieuse qu’à l’automne dans les feuilles », décrit Émilie Girard-Gros-Louis. Un avantage à ne pas négliger pour surprendre les bêtes recherchées. Mais cela signifie aussi qu’il faudra bien tendre l’oreille, alors que celles-ci profiteront aussi de la situation. Cette discrétion sera cependant perdue dès qu’une croûte de gel s’installera au sol, prévient Émile David.
Et surtout, il ne faut pas oublier de regarder ailleurs qu’à ses pieds! Pascal Alarie se rappelle en rigolant d’une belle découverte dans un arbre, où s’étaient regroupées huit gélinottes. « Ç’a été une récolte rapide! »
Avoir les bons vêtements et accessoires
Pour affronter la neige, nos trois experts préconisent la même approche côté habillement. Le système multicouche est à prioriser. Fibres synthétiques ou laine en superposition sont mises à contribution. Rien de bien différent, notent-ils, en comparaison des vêtements à utiliser à la chasse lorsque la neige est absente.
Une coquille extérieure coupe-vent et imperméable pour le pantalon et le manteau — avec un bon capuchon! — aura son importance s’il faut naviguer dans une forêt dense où les arbres sont chargés de neige. Mais sinon, les extrémités seront probablement à surveiller davantage.
D’où l’importance de porter des bottes imperméables confortables et d’avoir avec soi des bas de rechange. Pour Émile David, les bas Bama, qui sont des doublures de bottes de caoutchouc isolées et respirantes, sont un incontournable. « C’est assez magique! »
Gants agiles et chauds, tuque et col seront à transporter dans le sac à dos avec des extras, au cas où. Et alors que les jours raccourcissent, Émilie Girard-Gros-Louis ne part pas sans une lampe frontale. Trousse de premiers soins, couteau et de quoi faire du feu seront aussi à garder avec soi en tout temps.
Pascal Alarie fait également penser de bien préparer les véhicules utilisés : pelle, pneus d’hiver, plaques de traction… Il transporte aussi ses raquettes quand la météo laisse présager des accumulations. Et il insiste plus que jamais sur l’importance d’avoir un moyen de communication efficace (par le réseau cellulaire ou satellitaire) pour la région visitée et de remettre un plan de sortie à un contact fiable en ville qui pourra alerter les secours, si besoin.
Protéger ses équipements
Côté armes, les trois spécialistes ne font pas de distinctions majeures selon les conditions. Le choix sera encore et toujours dicté par le type de chasse au programme et la préférence de l’utilisateur.
Émilie Girard-Gros-Louis fait penser cependant de porter une attention particulière à la protection de la lunette de visée. Pendant les déplacements, la neige peut tomber sur les lentilles de celle-ci. Des bouchons de protection et un linge pour nettoyer les optiques seront judicieux à transporter. Un conseil bon « autant pour la pluie que la neige », rappelle la chasseuse d’expérience.
Quand vient le temps de rentrer dans un camp, pour éviter les désagréments de la condensation qui se dépose sur les équipements lorsqu’il y a des écarts de température, Émile David utilise la même façon de faire pour ses armes que pour son matériel photo et vidéo. Il laisse le tout dehors. « Sinon, je range mon arme dans son étui avant de la rentrer et je la laisse tempérer doucement. »
Garder ses repères
Pour réussir ses parties de chasse, Pascal Alarie vous le dira : « Neige pas neige, il faut trouver le bon habitat! ». Une question d’expérience et de connaissances qui s’acquièrent au fil des années, et une compétence qui prend encore plus d’importance une fois la neige tombée.
Question de se faciliter la vie, il suggère de tirer avantage des professionnels en place dans les réserves fauniques et de ne pas hésiter à questionner le personnel pour bien cerner les petits secrets propres à chaque territoire.
Et pour se faciliter la vie dans l’exploration et les déplacements, Pascal et Émilie insistent sur l’atout qu’est l’application de cartographie par GPS Avenza Maps. S’il est bon de ne pas se fier que sur la technologie pour s’orienter, les détails du territoire présentés en temps réel sur le téléphone intelligent des chasseurs font de cet outil un partenaire de chasse terriblement efficace. Alors que la neige camoufle certains repères habituels des chemins et des sentiers, il le devient encore plus.