Auberge de montagne des Chic-Chocs

Chaleureux séjour au sommet

En collaboration avec Jean-Sébastien Massicotte

Difficile de dire si c’était l’excitation liée aux aventures à venir ou encore la splendeur du paysage hivernal qui défilait à travers le pare-brise du véhicule à chenilles, mais sitôt l’Auberge de montagne des Chic-Chocs en vue entre les sommets, il a été impossible de ne pas ressentir un grand frisson.

Auberge de montagne des Chic-Chocs Auberge de montagne des Chic-Chocs
Auberge de montagne des Chic-Chocs La Halte Studio | © Sépaq

Le vent qui soufflait par cette froide journée de janvier n’y était pourtant pour rien. La rigueur des éléments dans ce coin reculé de la Gaspésie ajoutait cependant au contraste étonnant de la situation. Dans cet endroit en pleine nature tout aussi sauvage que spectaculaire, une véritable oasis apparaissait soudainement comme sortie de nulle part.

Sur le chemin de l’Auberge, notre conducteur, Daniel Dugas, nous avait raconté l’histoire de l’endroit avec son langage coloré. En route vers « en haut », comme il appelle son lieu de travail, le résident de Matane s’enthousiasmait de retrouver enfin son territoire blanc après neuf jours de vacances. Pour presque chaque virage que le véhicule à chenilles prenait pendant la vingtaine de kilomètres à gravir le massif, une anecdote ou un souvenir lui revenait en tête. Employé depuis 11 ans à l’Auberge, « Dan » nous offrait l’ultime tour du propriétaire, lui qui connaît chaque détail et chaque sommet de son domaine.

Plantée au milieu d’un panorama montagneux d’exception à 615 mètres d’altitude dans la réserve faunique de Matane, l’Auberge est un véritable cocon douillet pour les aventuriers en tous genres. Il faut se rendre sur place pour véritablement comprendre ce que représente cet établissement unique dans l’est du pays, un véritable joyau niché au cœur du massif des Chic-Chocs qui célèbre cet hiver ses 20 ans.

La porte de l’Auberge à peine franchie, la poignée de main fut chaleureuse et sincère. Devant moi, le grand maestro de l’endroit depuis 15 ans, Guy Laroche, accueillait chaque visiteur un à un comme un ami qui rentre à la maison. Je retrouvais avec bonheur le directeur de l’Auberge à l’endroit même où nous avions fait connaissance, il y a déjà une douzaine d’années. Les hivers avaient passé, mais le souvenir de l’accueil impeccable, des échanges au coin du feu et des liens tissés à skier en montagne ne s’était pas estompé.

Dans la bonne humeur et les éclats de rire, Guy et son équipe n’ont rien changé à la formule gagnante et reçoivent leurs visiteurs avec cette même énergie toujours aussi contagieuse. En ma compagnie pour cette aventure, ma conjointe, Mélanie, découvrait les lieux pour la première fois. Comme tous ceux qui débarquent ici, elle s’est vite intégrée à la « famille » qui se forme pendant un séjour à l’Auberge. C’est que l’endroit, intime et chaleureux, n’accueille que 36 visiteurs à la fois avec ses 18 chambres.

Auberge de montagne des Chic-Chocs
Auberge de montagne des Chic-Chocs La Halte Studio | © Sépaq

Sur le sol du hall d’entrée, une spectaculaire rose des vents dans le carrelage oriente les visiteurs sur le territoire. En levant les yeux vers le nord-est, les contreforts vertigineux des monts Collins et Matawees s’alignent à travers la fenêtre de la salle commune. Le ton est donné : nous sommes ici en terrain d’aventure. Comme le veut la coutume, les consignes d’usage sont présentées et les équipements nécessaires à notre séjour sont distribués dès l’arrivée. Tour à tour, Béatrice, William, Yann, Camille et Gregory en profitent pour se présenter et se mélanger au groupe. Ils seront nos guides pour la durée de notre visite : des accompagnateurs de tous les instants, des partenaires en montagne avec qui nous allons évoluer au quotidien en toute confiance et dans le plaisir, des membres de la « famille » qui veillent sur nous.

Au programme de ce séjour de quatre nuitées? Une sélection d’aventures au coeur de ce territoire exclusif des Chic-Chocs. Ski de montagne, ski-raquette, raquette, marche et simple détente au coin du feu étaient les activités sur la liste des priorités. Et n’oublions pas les repas partagés aux grandes tables conviviales où visiteurs et membres de l’Auberge se retrouvent dans la bonne humeur après des moments d’exception au grand air. Préparés avec soins, les plats sont déposés pour que tous puissent se servir dans de sympathiques moments communautaires. Même le directeur Laroche s’en mêle en soirée, alors que l’ancien sommelier s’assure que tous profitent du meilleur accord mets-vins possible grâce aux suggestions tirées de la carte qu’il a soigneusement sélectionnée.

Car si le ski de montagne dans la neige vierge est l’un des attraits principaux de l’Auberge, la cuisine d’exception qui y est proposée retient aussi l’attention. Aux commandes depuis cinq saisons de ce qui est probablement l’un des « restaurants » les plus isolés et exclusifs de la province, le jeune chef exécutif Vincent Blackburn-Fournier s’éclate derrière ses fourneaux été comme hiver. « Les gens qui viennent ici, après une journée à jouer dehors, ils s’attendent à bien manger! » Fervent promoteur du terroir local, il a bien saisi comment mettre en valeur les produits et les saveurs du coin. Sourire espiègle, tatouages, piercing à la narine et tuque vissée sur la tête, l’attachant jeune homme est inventif et prend très au sérieux le travail de son équipe en cuisine. Et ça paraît, puisqu’il nous a charmés à chaque service avec des mets succulents, originaux et copieux.

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Auberge de montagne des Chic-Chocs La Halte Studio | © Sépaq
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Auberge de montagne des Chic-Chocs La Halte Studio | © Sépaq

« S’il n’y a pas de neige là-bas, il n’y en aura nulle part », m’avait lancé Mélanie avant notre départ. Elle tentait de calmer mes inquiétudes concernant les conditions pour le ski. Elle n’aurait pas cru si bien dire. En montant à l’Auberge, malgré un hiver jusque-là un peu timide, la neige était au rendez-vous en quantité sur le massif. Mieux encore : une tempête a frappé dès notre arrivée. Déjà, à l’heure de l’apéro le premier soir, la neige s’accumulait rapidement et la poudrerie derrière la fenêtre annonçait des conditions idéales en montagne le lendemain. Autour du foyer, bien à l’abri, guides comme invités affichaient un large sourire en regardant dehors, comme si nous venions tous de gagner à la loterie.

Anne, Bernard, Dominique, Sylvie et les autres visiteurs : tous se trouvaient bien chanceux d’être là. Pour certains, cette visite était une première découverte, tandis que pour d’autres, c’était un retour attendu avec beaucoup d’impatience une deuxième, une troisième fois. Pour d’autres encore, c’était même un véritable pèlerinage, comme pour David et Caroline, deux retraités américains qui en étaient à leur huitième séjour à l’Auberge. C’est devenu une tradition hivernale incontournable pour l’ancien dentiste du Vermont qui a fait du plein air toute sa vie.

« Ce sont de vraies vacances! » a résumé Caroline, confortablement calée dans le sofa près du foyer central. « Rien à faire. Pas de ménage, pas de nourriture à acheter, pas de repas à préparer. » Si le couple de sportifs revient année après année à l’Auberge, c’est pour le confort garanti, mais aussi pour la qualité de la neige et sa quantité. Et fidèle à son habitude, le sympathique duo se fait un devoir de faire découvrir son petit paradis gaspésien à des amis qu’il invite.

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Auberge de montagne des Chic-Chocs La Halte Studio | © Sépaq
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Auberge de montagne des Chic-Chocs La Halte Studio | © Sépaq
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Auberge de montagne des Chic-Chocs La Halte Studio | © Sépaq
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Auberge de montagne des Chic-Chocs La Halte Studio | © Sépaq

Déconnectée de tout, sans Wi-Fi ni télévision, l’Auberge préserve une ambiance d’un autre temps qui fait grand bien. Que l’on soit autour du spectaculaire foyer quatre faces du séjour communautaire, devant les machines à café durant la journée ou bien accoudé au comptoir du bar animé en soirée par la pétillante Ariane, chaque instant est propice aux échanges et aux discussions. Sans distraction externe, ces moments paraissaient plus significatifs et intenses.

Dans la chambre de l’Auberge, c’est le paysage par la fenêtre qui vole la vedette. Se réveiller à l’ombre du mont Coleman avec comme point de vue une bonne partie du terrain de jeu de l’Auberge était le parfait incitatif à sortir du lit. Entre confort moelleux et aventures en montagne, il fallait tout de même choisir! Comme nous étions en quête de descentes dans la poudreuse, nous nous sommes aisément mis en action.

Tous nos nouveaux copains d’aventure affichaient la même excitation à l’heure du petit-déjeuner. « Et vous, vous faites quoi? » C’était probablement la question qui était sur toutes les lèvres durant le repas matinal. Question de permettre à tous de suivre leurs envies selon l’énergie du moment, l’équipe de guides avait présenté la veille différents plans en tenant compte des conditions météo, de la forme de chacun et des habiletés respectives des invités. De petits groupes se sont alors formés pour les activités du jour en montagne, tandis que certains ne cachaient pas leur plaisir à simplement rester au coin du feu, un latté à la main ou un livre sur les genoux.

Pour nous, le choix évident était la descente à ski vers la chute Hélène, un versant qui part directement de l’Auberge. La neige était si belle et abondante qu’il ne fallait pas chercher plus loin pour en tirer le meilleur. Le temps était venu de faire quelques descentes et de remonter avec les peaux d’ascension sous nos skis. Sur une neige profonde, sans fond, on a pu flotter en filant entre les arbres. Voilà la sensation grisante que tous recherchaient en venant ici, une mise en jambe bienvenue qui permettait aussi d’établir les repères sur le territoire. Jamais bien loin grâce aux radios bidirectionnelles que tous avaient transporté à l’extérieur, les guides étaient toujours là pour ajuster leur accompagnement selon le terrain exploré et les besoins des visiteurs.

Chaque journée a ainsi apporté des moments de découvertes et d’échanges avec les guides et nos nouveaux compagnons. Une matinée, l’aventure se vivait en raquette sous la supervision de « Béa » sur le 780, un sommet à proximité qui domine l’Auberge. Un autre jour, la sortie est devenue plus engagée avec une approche en motoneige en compagnie du divertissant Yann Barriault, le chef-guide qui est là depuis les débuts de l’Auberge, pour skier sur les flancs du mont Matawees. La journée était glaciale mais mémorable, autant pour le plaisir d’explorer ce territoire unique que pour la bonne compagnie sur les pentes. Au moment du dîner dans le petit refuge chauffé, les cuisses brûlaient encore et les orteils dégelaient doucement. « Ça, c’est mon genre de descente », s’est enthousiasmée Mélanie au sujet du terrain alpin où nous venions de laisser nos traces dans la poudreuse.

Plus récentes dans l’offre de l’Auberge, des approches motorisées sont disponibles pour rejoindre des parties excitantes du territoire de 60 km2, ce qui offre davantage d’options pour rendre plus accessibles des versants éloignés. Il faut tout de même gravir à ski ou en raquettes les sommets avant de les redescendre, mais la motoneige ajoute à l’aventure et agrandit le rayon d’action pour trouver les meilleures conditions de neige. Il s’agit d’une combinaison gagnante, si l’on se fie aux récits enthousiastes partagés le soir venu. Ce sont des kilomètres de sentiers que doivent entretenir tout au long de l’hiver Yann et ses collègues, le tout non sans effort. Bien emmitouflés à bord des traîneaux à regarder Yann et Greg naviguer habilement sur les sentiers, nous avons été à même de constater à quel point le terrain de jeu de l’Auberge est vaste.

Après avoir parcouru le territoire sans se ménager, il est génial de pouvoir rentrer dans le confort complet d’un établissement en formule tout inclus. Chaque fin d’après-midi, il restait seulement à décider si cette fois ce serait la sieste ou le spa qui l’emporterait avant de retrouver tout le monde pour l’apéro de 17 h. Au fil des jours, ces moments de retrouvailles où chacun partage le fil de sa journée étaient devenus des rendez-vous incontournables et appréciés. Les visiteurs se mélangeaient de plus en plus et même la barrière de la langue avec le groupe d’Américains s’était estompée, si bien qu’à la dernière soirée du séjour, au son de la guitare de Joey, on a chanté à l’unisson des classiques des Beatles… et de Félix Leclerc! Voilà toute la magie de l’Auberge de montagne à l’oeuvre.

Auberge de montagne des Chic-Chocs
Auberge de montagne des Chic-Chocs La Halte Studio | © Sépaq

Au terme d’une dernière matinée à jouer en montagne, les bagages étaient bouclés et l’heure du retour avait malheureusement sonné. Assis devant les grandes fenêtres du séjour, tandis que nous profitions des derniers instants de notre séjour un café à la main et la cime dénudée d’arbres du mont Coleman sous les yeux, de nouveaux visiteurs tout juste débarqués s’extasiaient déjà. « Oh! Wow! C’est juste fou! » a lancé à son ami un des chanceux tout juste arrivés. Le regard à l’horizon, les deux nouveaux venus ne pouvaient rester insensibles au spectaculaire panorama montagneux qui se dévoilait devant eux. Et dire que ce n’était que le début de leur aventure…

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Jean-Sébastien Massicotte

À propos de Jean-Sébastien Massicotte

Journaliste de formation et sportif tout terrain, Jean-Sébastien ne rate jamais l’occasion de passer à l’action au bénéfice d’une bonne histoire. Chroniqueur, photographe et créateur de contenu d'aventure indépendant basé à Québec, l’Abitibien d’origine est reporter spécialisé plein air depuis 2011. Il collabore notamment au magazine Espaces.

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