Les bienfaits étonnants de la nature en hiver
Avec la collaboration de Dre Marie-Ève Langelier, médecin de famille et psychothérapeute et de Sophie Monkman, guide certifiée en thérapie forestière
Avez-vous déjà remarqué la douce sensation de bien-être qui nous réchauffe le cœur après un bel après-midi passé en forêt l’hiver? Prendre l’air quand il fait froid fait vraiment du bien, et ce n’est pas seulement une impression. De nombreuses études scientifiques le démontrent. Pour comprendre quels sont les bienfaits de la nature sur la santé, et pour savoir comment en profiter pleinement, on en discute avec deux spécialistes passionnées par le sujet.
Parc national de la Jacques-Cartier
Quels sont les bienfaits de la nature sur la santé?
Le contact avec la nature, en été comme en hiver, a des effets bénéfiques sur la santé physique et mentale, et ceux-ci sont bien documentés par de nombreuses études scientifiques. La Dre Marie-Ève Langelier est médecin de famille, psychothérapeute, chercheuse et professeure en intervention par la nature et l’aventure à l’Université du Québec à Chicoutimi. Les bienfaits de la nature sur la santé globale est un sujet qu’elle connaît bien, puisqu’elle s’y intéresse depuis plusieurs années.
« Le contact avec la nature a des effets physiologiques établis, comme la réduction de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle, nous explique la Dre Langelier. Sur la santé psychologique, le principal bienfait que nous amène la nature, c’est la réduction de l’anxiété », nous dit-elle.
Selon les données scientifiques, interagir avec la forêt améliore l’humeur, diminue les émotions négatives ainsi que la fatigue et augmente la vitalité. Si on bouge en forêt, on cumule les bienfaits de l’activité physique avec ceux du contact avec la nature, ce qui multiplie les effets positifs. Mais le contact avec la nature amène des bienfaits en lui seul. « Les études nous démontrent que le taux de cortisol, qui est l’hormone du stress, baisse considérablement après seulement 20 minutes assis en forêt », précise Dre Langelier.
Passer du temps dans la nature, que ce soit en y pratiquant une activité physique ou simplement en y allant pour se détendre est ainsi un excellent choix santé, quelle que soit la saison.
Contrer la déprime saisonnière
Dans les pays nordiques, durant la saison froide, certaines personnes ressentent davantage de fatigue ainsi qu’une humeur moins positive qu’à l’habitude. Au Québec, ces symptômes sont répandus et plus souvent rapportés durant les mois de janvier et de février. Le manque de lumière serait en cause.
En été, la plupart des gens s’exposent en moyenne à deux heures de lumière naturelle par jour. En automne et en hiver, le temps d’exposition descend à environ 30 minutes, étant donné le raccourcissement de la période de clarté.
« On ne connaît pas très bien tous les mécanismes responsables de la dépression saisonnière, nous dit Dre Langelier, mais on sait que le manque de lumière vient influencer la sérotonine, cette substance chimique du cerveau associée à l’humeur. La diminution de lumière perturbe aussi nos cycles de sommeil et d’éveil, ce qui explique pourquoi certaines personnes ressentent davantage le besoin de dormir en hiver », poursuit-elle.
Durant la saison froide, l’un des meilleurs moyens d’augmenter notre niveau d’énergie et de contrer ces symptômes, surtout lorsqu’ils sont légers, c’est d’aller dehors au moment où le soleil est au plus fort, ou encore le matin, conseille Dre Langelier. Et s’offrir du temps en nature, s’il fait froid, c’est encore mieux!
« Oser sortir, bouger à l'extérieur et lutter contre le froid peut créer un sentiment de fierté. Faire quelque chose que l’on trouve difficile, comme une randonnée en forêt, en tout respect de ses capacités, génère un sentiment positif et peut devenir une source de bien-être », nous dit-elle.
La sensation des joues rougies, une fois que l’on est de retour au chaud, est aussi l’une des plus agréables. Après avoir passé un moment au froid, on se sent plus détendu, on a les idées plus claires et bien souvent, on dort mieux le soir venu. Pour Marie-Ève Langelier, qui est elle-même une grande adepte de plein air, il n’y a que de bonnes raisons de s’habiller chaudement et de mettre le nez dehors.
Ralentir pour mieux s’émerveiller
En plus des bienfaits de s’exposer à la lumière naturelle en hiver, les études démontrent que l’émerveillement devant la beauté de la nature a un impact sur l’humeur. Guide doublement certifiée en thérapie forestière par l’Association of Forest & Nature Therapy et le Global Institute of Forest Therapy and Nature Connection, Sophie Monkman a accompagné au cours des dernières années des centaines de personnes dans une démarche de connexion à la nature. La forêt comme source d’apaisement et de réconfort est un sujet qui la passionne.
« La thérapie forestière s’appuie sur la pratique japonaise du shinrin-yoku, une tendance qui gagne en popularité à travers le monde, que l’on traduit en français par l’expression bain de forêt », explique-t-elle. Au Japon, les séances de shinrin-yoku ne sont pas que de simples randonnées en milieu naturel. Lors de ces immersions en forêt, on cherche à entrer en contact avec les éléments. Pour ce faire, il faut s’arrêter, contempler et écouter nos sens, poursuit-elle.
Selon Sophie Monkman, c’est dans la lenteur que l’on porte vraiment attention à la beauté de ce qui nous entoure. Elle nous invite ainsi à nous offrir de courtes marches en forêt et à nous donner de petites missions, comme regarder les flocons de neige tomber, écouter les oiseaux chanter et entendre la neige craquer sous nos pas.
Le sentiment d’émerveillement que génèrent ces observations toutes simples procure un effet calmant. Pour en ressentir tous les bénéfices, Sophie Monkman recommande de s’habiller chaudement en fonction des conditions météo, de laisser le cellulaire à la maison afin d’être pleinement ancré dans le moment présent et de ralentir le pas.
« Le monde naturel captive notre attention sans effort. Il suffit d’être curieux, d’observer doucement et d’être à l’écoute. Mais il est important aussi de se donner le temps », croit-elle.
Profiter des bienfaits de la nature en hiver
La Dre Marie-Ève Langelier et la guide en thérapie forestière Sophie Monkman sont d’accord : profiter des bienfaits de la nature est facile et accessible, quelle que soit la saison.
Pour ressentir des effets considérables sur notre santé, aussi peu que 20 minutes par jour ou 2 heures par semaine passées dans un milieu naturel suffit. Mais chaque petit pas que l’on fait pour se rapprocher de la nature compte.
« Avec les enfants, on sort les traîneaux, on va glisser ou on fait un bonhomme de neige dans la cour, puis on se fait un bon chocolat chaud ensuite. On a passé un moment dehors, on a fait le plein de lumière naturelle et déjà on en ressent les bienfaits », affirme la Dre Langelier.
De son côté, Sophie Monkman rappelle qu’il n’est pas nécessaire de faire beaucoup de route, ni de déployer de grands efforts pour ressentir les premiers effets positifs du contact à la nature. Se rendre dans un parc près de chez soi est déjà très bien. « Le simple fait de nous asseoir sur un banc et d’exposer nos yeux à la nature nous procurera un apaisement », conclut-t-elle.
Pour des bénéfices encore plus grands sur la santé physique et mentale, on peut s’offrir une activité au grand air un peu plus soutenue, comme une randonnée dans un parc national, par exemple. Cela demande davantage d’efforts, mais les bienfaits qu’une telle sortie en forêt amène sont encore plus importants. Si c’est la motivation qui nous freine, Dre Langelier nous rappelle que planifier ce genre de journée en groupe peut être aidant, de même que choisir des sentiers un peu plus courts, qui seront moins intimidants.
5 faits étonnants sur les bienfaits de la nature
Les bienfaits de la nature sur la santé globale sont démontrés par la science. Voici cinq données concrètes.
- La nature réduit le risque de maladies cardiovasculaires : Une revue de la littérature comprenant 143 études scientifiques a démontré que passer plus de temps entouré d’espaces verts réduit le risque de diabète, de maladies cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux.
- La nature réduit la pression artérielle : Une étude a démontré une baisse moyenne de la pression artérielle de 10 mmHg chez des personnes participantes de l’étude ayant marché et relaxé pendant un peu plus de 4 heures par semaine en forêt.
- La nature donne confiance en soi : 4 enfants sur 5 ont davantage confiance en leurs capacités de faire de nouvelles choses s'ils essaient après avoir participé à des activités en nature.
- La nature améliore l’attention : Les enfants d'âge préscolaire et primaire se concentrent beaucoup mieux après une promenade de 20 minutes dans un parc par rapport à une promenade en ville.
- La nature augmente le bonheur : Environ 9 Canadiens sur 10 disent être plus heureux lorsqu’ils sont davantage entourés par la nature.
Source : Prescri-Nature, un site web d’information recommandé par la Dre Marie-Ève Langelier.